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Cadre juridique

Site internet pour professionnel de santé : ce que la déontologie autorise

20 Septembre 2026
9 min de lecture

Pendant des décennies, la règle tenait en un mot : la publicité était interdite aux professions de santé. Beaucoup de praticiens en ont gardé le réflexe, et se contentent d’un site réduit à un nom, une adresse et un numéro de téléphone, quand ils en ont un.

Cette règle n’existe plus. Trois décrets du 22 décembre 2020 ont remplacé l’interdiction de publicité par une liberté de communication encadrée. Vous avez le droit de présenter votre parcours, vos compétences et vos conditions d’exercice sur un site internet. Reste à savoir où passe la limite. Cet article fait le point sur ce qui est autorisé, ce qui reste proscrit, et ce que votre site doit obligatoirement afficher.

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Ce qui a changé le 22 décembre 2020

Trois décrets publiés le même jour ont réécrit les codes de déontologie de trois professions, dans des termes presque identiques.

Les trois textes de référence

🩺Médecins

Décret n° 2020-1662 du 22 décembre 2020, codifié à l’article R.4127-19-1 du code de la santé publique.

🦷Chirurgiens-dentistes

Décret n° 2020-1658 du 22 décembre 2020, qui modifie le code de déontologie des chirurgiens-dentistes.

🤲Masseurs-kinésithérapeutes

Décret n° 2020-1663 du 22 décembre 2020, codifié à l’article R.4321-67-1 du code de la santé publique.

Le principe posé par ces trois textes est le même : le praticien est libre de communiquer au public, par tout moyen, y compris sur un site internet, des informations de nature à permettre au patient de choisir librement son praticien. Ces informations portent notamment sur ses compétences, ses pratiques professionnelles, son parcours et ses conditions d’exercice.

La nuance qui compte : le texte parle de communication, pas de publicité. La liberté est réelle, mais elle est conditionnée au respect de cinq règles de fond, détaillées plus bas. Un site de cabinet n’est pas une vitrine commerciale.

Les cinq règles qui s’appliquent à votre site

Elles figurent, quasiment mot pour mot, dans les trois codes de déontologie. Les connaître suffit à écarter l’essentiel du risque.

  • 1.
    La communication est loyale et honnête. Ce que vous écrivez doit correspondre à votre exercice réel : vos diplômes, vos titres, vos domaines d’intervention.
  • 2.
    Elle ne fait pas appel à des témoignages de tiers. C’est le point le plus souvent négligé : les témoignages de patients publiés sur votre propre site sont explicitement exclus.
  • 3.
    Elle ne repose pas sur des comparaisons avec d’autres praticiens ou d’autres établissements. Ni classement, ni « le meilleur de », ni mise en regard des confrères.
  • 4.
    Elle n’incite pas à un recours inutile à des actes de prévention ou de soins. Une offre de bilan gratuit conçue comme un appel commercial tombe sous cette interdiction.
  • 5.
    Elle ne porte pas atteinte à la dignité de la profession et n’induit pas le public en erreur. C’est la clause générale, celle que les instances ordinales mobilisent le plus souvent.

Les textes ajoutent que cette communication doit tenir compte des recommandations émises par l’instance ordinale de votre profession. Ces recommandations évoluent : c’est la première chose à vérifier avant de publier une page sur laquelle vous avez un doute.

Un second volet, souvent ignoré, autorise la communication d’informations scientifiquement étayées, à visée éducative ou sanitaire. C’est ce qui rend possible un blog de cabinet, à condition de formuler ces contenus avec prudence et mesure, et de ne pas présenter comme acquises des hypothèses qui ne le sont pas.

Ce que votre site doit obligatoirement afficher

La liberté de communiquer s’accompagne d’obligations d’information, auxquelles s’ajoutent celles qui pèsent sur tout site internet.

Les honoraires et les modes de paiement

L’article R.4321-67-1 est explicite pour les masseurs-kinésithérapeutes : lorsque le praticien présente son activité au public, notamment sur un site internet, il y fait figurer une information sur les honoraires pratiqués, les modes de paiement acceptés et les obligations légales relatives à l’accès aux soins sans discrimination. Cette information doit être claire, honnête, précise et non comparative.

Autrement dit, afficher ses tarifs n’est pas seulement autorisé : c’est attendu. Ce qui est proscrit, c’est de les présenter comme un argument commercial, sous forme de promotion ou de comparaison.

Les mentions légales

  • Votre identité, votre adresse professionnelle et un moyen de contact
  • Votre numéro RPPS ou ADELI, et l’ordre professionnel auquel vous êtes inscrit
  • Le nom du directeur de la publication
  • L’identité et les coordonnées de l’hébergeur du site
  • Les conditions d’exercice : conventionnement, secteur, langues parlées

Le RGPD, dès la première prise de rendez-vous

Dès lors qu’un patient laisse son nom et son motif de consultation sur votre site, vous traitez des données de santé, c’est-à-dire des données sensibles au sens du RGPD. Cela impose une politique de confidentialité, une base légale explicite, une durée de conservation définie, et un hébergement adapté. Un formulaire de contact qui demande « décrivez vos symptômes » sans aucun de ces éléments est une non-conformité caractérisée.

Le piège le plus courant : le formulaire de contact générique fourni avec un modèle de site, qui envoie les messages vers une boîte mail personnelle hébergée hors Union européenne. Pour un professionnel de santé, c’est le point à vérifier en premier.

Les erreurs qu’on rencontre le plus souvent

Elles sont rarement intentionnelles. La plupart viennent de modèles de sites conçus pour le commerce, appliqués tels quels à un cabinet.

Cinq points à corriger en priorité

💬Les témoignages de patients

Le carrousel d’avis en page d’accueil est un standard des modèles de sites commerciaux. Pour une profession de santé, il entre en contradiction directe avec l’exclusion des témoignages de tiers.

📸Les photos avant et après

Très présentes en dentaire et en esthétique, elles posent une double difficulté : elles fonctionnent comme une démonstration comparative, et elles supposent un consentement écrit du patient pour l’usage de son image.

🏆Les superlatifs

« Le meilleur cabinet de », « expert numéro un » : ces formules relèvent de la comparaison et de la tromperie potentielle. Un parcours et des diplômes se décrivent, ils ne se classent pas.

🎁Les offres d’appel

Première séance offerte, bilan gratuit mis en avant comme argument : cela peut s’analyser comme une incitation à un recours inutile aux soins.

🔒Le formulaire non conforme

Collecte de motif de consultation sans politique de confidentialité, sans base légale et sans durée de conservation. C’est le point de non-conformité le plus fréquent.

Ce qui fait un bon site de cabinet

Une fois le cadre posé, il reste beaucoup de place. Un site de cabinet utile répond surtout aux questions que le patient se pose avant d’appeler.

Les six éléments qui servent vraiment

🕐Horaires, accès et stationnement

Ce sont les informations les plus consultées, loin devant le reste. Étage, ascenseur, accessibilité en fauteuil, arrêt de transport le plus proche.

📅La prise de rendez-vous

Soit un lien vers votre plateforme existante, soit un formulaire conforme. L’essentiel est qu’elle soit visible sans avoir à chercher.

🎓Votre parcours et vos compétences

Diplômes, formations complémentaires, domaines d’intervention. C’est précisément ce que les décrets de 2020 autorisent à présenter.

💶Les honoraires et le conventionnement

Attendu par le patient, et obligatoire pour certaines professions. Présenté sobrement, sans mise en avant commerciale.

📱Un affichage mobile correct

La majorité des consultations d’un site de cabinet se font depuis un téléphone, souvent dans la rue. Un numéro cliquable et une carte qui s’ouvre dans l’application de navigation changent tout.

📚Des contenus éducatifs

Expliquer une pathologie, un déroulé de séance, une consigne post-opératoire. Le second volet des décrets l’autorise explicitement, avec prudence et mesure.

Et le référencement dans tout ça ?

Un site que personne ne trouve ne sert à rien. Là encore, la déontologie n’interdit pas d’être visible, elle encadre la manière de l’être.

L’essentiel du trafic d’un cabinet vient de recherches locales, du type « kinésithérapeute » suivi du nom de la ville ou du quartier. Trois éléments pèsent plus que tout le reste : une fiche d’établissement Google complète et à jour, des informations strictement identiques entre votre site, votre fiche et les annuaires professionnels, et un site qui s’affiche vite sur mobile.

Les contenus éducatifs jouent aussi un rôle important. Une page qui explique clairement un motif de consultation fréquent répond à une vraie question posée à un moteur de recherche, et elle reste dans le cadre du volet éducatif prévu par les décrets.

Un point à traiter avec prudence : le référencement payant. Les positions des instances ordinales sur les campagnes publicitaires en ligne des professionnels de santé ont évolué et restent discutées. Avant d’engager un budget, demandez l’avis de votre conseil départemental : c’est lui qui apprécie la conformité de votre communication.

Questions fréquentes

Un professionnel de santé a-t-il le droit d’avoir un site internet ?

Oui, sans ambiguïté. Les décrets du 22 décembre 2020 prévoient expressément que le praticien est libre de communiquer au public, par tout moyen y compris sur un site internet, des informations relatives à ses compétences, à son parcours et à ses conditions d’exercice.

Puis-je afficher des avis de patients sur le site de mon cabinet ?

Non. Les trois codes de déontologie précisent que la communication du praticien ne fait pas appel à des témoignages de tiers. Publier des témoignages de patients sur votre propre site va donc à l’encontre du texte. C’est une différence importante avec les avis déposés spontanément par des patients sur des plateformes externes, que vous ne publiez pas vous-même.

Dois-je afficher mes tarifs sur mon site ?

Pour les masseurs-kinésithérapeutes, l’article R.4321-67-1 impose de faire figurer une information sur les honoraires pratiqués, les modes de paiement acceptés et l’accès aux soins sans discrimination lorsque l’activité est présentée au public. Pour les autres professions, l’information sur les honoraires relève des obligations générales d’information du patient. Dans tous les cas, l’information doit être claire, précise et non comparative.

Puis-je publier des articles de santé sur mon site ?

Oui. Les décrets autorisent la communication d’informations scientifiquement étayées à des fins éducatives ou sanitaires. Deux conditions : les formuler avec prudence et mesure, et ne pas présenter comme des données acquises des hypothèses qui ne sont pas confirmées.

Qui contrôle la conformité de mon site ?

Votre conseil départemental de l’ordre. C’est l’interlocuteur à saisir en cas de doute sur une page ou une formulation, et c’est aussi lui qui peut être saisi par un confrère. Les textes précisent que la communication tient compte des recommandations émises par l’instance ordinale de la profession.

Combien coûte un site pour un cabinet de santé ?

Les écarts sont considérables selon que le site est conçu sur mesure ou monté sur un modèle. Chez MAIATECH, la création est à 0 € et l’abonnement démarre à 29 € HT par mois pour un site vitrine, hébergement et maintenance compris, sans engagement de durée. Un devis est établi pour les besoins spécifiques comme un espace patient ou une boutique en ligne.

Conclusion

L’interdiction de publicité qui a longtemps tenu les professionnels de santé à l’écart d’internet a disparu depuis le 22 décembre 2020. Ce qui la remplace n’est pas un vide, mais un cadre précis : une communication loyale, sans témoignages de tiers, sans comparaison, sans incitation au recours inutile aux soins.

Dans ce cadre, il reste largement de quoi construire un site utile : votre parcours, vos conditions d’exercice, vos honoraires, l’accès à votre cabinet, la prise de rendez-vous et des contenus éducatifs qui répondent aux questions réelles de vos patients.

Le risque ne vient presque jamais d’une volonté de contourner la règle. Il vient de modèles de sites pensés pour le commerce, appliqués sans adaptation à un cabinet de santé. Un carrousel d’avis, un bandeau de promotion et un formulaire non conforme suffisent à créer une difficulté là où il n’y en avait pas.

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